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Nikon « One » : monture CX en vue !

Nikon « One » : monture CX en vue !

Avec tambours et trompettes, Nikon vient de présenter les Nikon One J1 et V1, qui inaugurent la monture CX.

Denis Boyard [ 23 Septembre 2011 16:55 ]
Nikon « One » : monture CX en vue !

Vous connaissez Nikon ? Eh bien désormais, il va falloir penser aussi « Nikon One », qui correspond au nouveaux appareils hybrides de la marque. Les gens du marketing Nikon semblent beaucoup tenir à ce sigle, dont ils sont très fiers. Personnellement, j’ai bien l’impression qu’on va vite appeler les boîtiers par leurs noms : Nikon J1 et Nikon V1. Cela d’autant que « One » manque cruellement de personnalité par rapport à « EOS », « Lumix » ou « Coolpix ».
L’essentiel des nouveautés Nikon n’est donc pas dans le « One », mais bien dans les appareils eux-mêmes. Nikon nous les a présentés comme des innovations majeures, apportant de quoi changer définitivement la photo. Je serai personnellement plus mesuré, même si ces appareils apportent quelques idées techniquement très intéressantes. Ce sont en fait des boîtiers assez sages, car la vraie révolution, c’est le bi-processeur Expeed 3, capable de digérer 600 millions de pixels par seconde ! Quel intérêt ? Entre autres de pouvoir traiter 60 vues par seconde en 10 millions de pixels, qui est la cadence maximale autorisée par les Nikon J1/V1 en autofocus verrouillé.
Cette aptitude à gérer un grand nombre d’images par seconde est surtout mise à profit par de nouveaux modes, basés sur l’enregistrement continu d’images dès qu’on presse à moitié le déclencheur. Ainsi, lorsque vous prenez une photo, l’appareil a déjà enregistré des photos durant les 0,6 s avant votre déclenchement, et continue à en mémoriser 0,4 s après. Ce qui permet notamment de vous donner le choix entre plusieurs images (5 sélectionnées par le boîtier), pour choisir la meilleure. Une autre fonction consiste à générer une petite vidéo musicale à tout moment, en plus de votre photo originale. Bien entendu, ces fonctions découlent chacune de programmes spécifiques (« Sélecteur de photo optimisé » et « Instant animé »), différents du programme « vert » de base.

Le Nikon One V1 avec ses quatre objectifs, son flash dédié, et son GPS spécialement développé.

Monture CX et petit capteur…

Pour autoriser de telles fonctions, il fallait un capteur de résolution modérée : impossible de faire ça avec un 24 Mpix ! Nikon a donc planché sur un 10 millions de pixels. Et pour éviter l’écueil des optiques trop encombrantes, les ingénieurs ont penché pour une taille de Cmos réduite, de 13,2 x 8,8 mm, ce qui nous amène en-dessous du format 4/3 (17,3 x 13 mm), et pas loin des capteurs de compacts classiques (7,5 x 5,6 mm pour un Canon G12). Il ne faudra donc pas s’attendre à des performances hors normes en matière de hautes sensibilités, car la physique a ses limites.
Il a donc fallu développer une nouvelle monture pour ce petit capteur, avec un tirage assez court, propice aux appareils fins. Elle est baptisée par Nikon « CX », en écho aux montures DX (16 x 24 mm) et FX (24 x 36 mm). Elle n’a d’ailleurs rien à voir avec la monture Nikon habituelle, puisque plutôt inspirée de la monture Canon EOS, mais en nettement plus petit. Cela dit, un adaptateur Nikon AF-S (ou AF-I) est déjà prévu, pour étendre artificiellement la gamme optique des Nikon One. Il faudra cependant compter avec le coefficient multiplicateur élevé (x 2,7) pour choisir vos optiques. Avec un téléobjectif de 300 mm, vous disposez tout de même de l’équivalent d’un 810 mm. Intéressant pour les naturalistes ! Les choses sont moins enthousiasmantes en matière de courtes focales, puisqu’un zoom 10-20 mm devient un 27-54 mm : pas la peine de compter sur la gamme F pour les grands angles ! Nikon devra donc proposer des courtes focales entièrement dédiées aux J1/V1.

Compte tenu de la plage de focales couverte (27-270 mm), le kit Nikon V1 + zoom 10-100 mm est particulièrement compact !

Capteur plus petit : qualité en baisse ?

Le choix d’un petit capteur est bien évidemment la limitation principale des Nikon J1 et V1. La marque a beau savoir traiter les images, il sera plus difficile de faire aussi bien qu’un reflex, notamment dans les hautes sensibilités. Si Nikon choisit de viser le grand public (J1), la taille du capteur est assez secondaire, et les nouvelles fonctions ont un côté ludique qui va séduire. Le principal étant d’obtenir une production de qualité, même si on n’atteint pas les sommets de celle d’un D7000 par exemple.
Par contre, l’équation est moins évidente quand on s’adresse aux experts. Et c’est justement la cible du Nikon V1, de par son prix et sa fabrication. Et là, les concurrents sont du genre accrocheur, notamment chez Sony (NEX-5n, NEX-7), chez Olympus (E-P3, E-PL3) ou chez Panasonic (Lumix GF3). Face à eux, les caractéristiques du Nikon J1 font un peu chiche : capteur plus petit, résolution plus faible, écran fixe, encombrement à peine moins important…  Heureusement que les optiques sont beaucoup plus petites, c’est d’ailleurs la principale justification du format CX ! La partie n’est donc pas si facile pour Nikon, et il va falloir communiquer très fort sur les fonctions novatrices des « One » pour faire entendre son aspect révolutionnaire !

La version blanche du Nikon One J1 a un charme certain.

 

 

Nikon One J1/V1 : un boîtier gourmand

Vu la taille de son capteur, on pouvait espérer un boîtier Nikon One particulièrement compact. C’était sans compter ses besoins en énergie !

Embarquer un bi-processeur Expeed, capable de dévorer 600 millions de pixels par seconde, implique une consommation importante. Ce qui se confirme au vu de la batterie du Nikon V1, qui n’est autre que celle du D7000 ! Elle assure ici 400 vues d’autonomie. Le Nikon J1 en embarque une plus petite (230 vues d’autonomie), car ses possibilités sont moins ambitieuses, donc moins gourmandes en énergie. Difficile donc de concevoir un boîtier ultrafin, puisque la batterie du D7000 n’a rien à voir avec celles des compacts habituels. C’est sans doute l’un des éléments limitatifs à la miniaturisation du Nikon V1, et de son petit frère, qui est gourmand lui aussi. L’autre élément limitatif du V1 est l’intégration poussée du viseur électronique, qui ne dépasse qu’à peine du boîtier. De fait, le Nikon V1 n’est pas aussi compact qu’on l’espérait, même s’il est parmi les plus petits hybrides.

Pas vraiment élégant, le Nikon One V1 dispose heureusement de possibilités inédites pour se distinguer.

 

Construction : sobre, très sobre…

Les Nikon One sont de belle facture, mais ne brillent pas par leur finition exceptionnelle. Il y a bien le capot en alliage de magnésium sur le V1, la face avant en tôle d’aluminium, mais l’arrière est tout plastique, ainsi qu’une partie de la semelle. L’ensemble est sobre, presque trop, et je trouve personnellement l’appareil tristounet. On est loin du clinquant d’un Olympus E-P3 ou d’un Sony NEX-5n !
La partie arrière des « One » est banale, proche de celle de beaucoup de compacts classiques. Pour le J1, on est dans une fabrication plus classique, sans les métaux haut de gamme du V1. La différence de prix est ainsi justifiée en partie, bien que beaucoup d’éléments soient communs entre les deux boîtiers.
Soulignons au passage un autre défaut : l’absence de poignée, juste remplacée par un petit bossage, qui rend la tenue instable. Dommage, car elle aurait permis de produire un appareil plus fin, réservant son espace à la réception de la batterie. Nikon signale un grip optionnel à fixer sur l’appareil, mais il ne fait qu’augmenter son encombrement, ce qui n’est pas le but recherché lors de l’achat d’un V1.

Le Nikon One J1 est décliné en noir, rouge, blanc, silver et rose, objectif compris. En Europe, les optiques en couleurs ne sont proposées que dans les kits, ce qui empêche de compléter un équipement dans la même finition.

 

Écran et visée : du haut de gamme

Sur le Nikon V1, l’écran est un 7,62 cm de diagonale en résolution 921000 points. Pas de surprise, c’est la norme des boîtiers sérieux. Nous regrettons tout de même que cet écran soit de type fixe, car un modèle orientable est tout de même bien pratique. Heureusement, le V1 embarque un très bon viseur électronique, en résolution 1,44 millions de points. C’est un TFT ACL de 0,47 de diagonale, joliment défini et très lisible (pas d’effets irisés de visée séquentielle, puisqu’il affiche le RVB d’un coup).
Sur le Nikon J1, on descend un peu en gamme avec un écran ACL de 7,62 cm de diagonale, pour 460000 points. C’est certes moins défini, mais en pratique, les dalles 460000 points sont d’excellente facture, et permettent une visée assez confortable en intérieur. Dehors, les choses se compliquent avec les lumières fortes, d’autant que l’écran n’est pas orientable, et que l’appareil n’a pas de viseur électronique.

La face arrière des Nikon One n'est pas vraiment à la hauteur niveau finition. Elle correspond plus à un compact classique.

 

 

Spécifications. Un tigre dans le moteur  !

Le vrai secret des Nikon J1/V1 se cache dans les entrailles des appareils, mais ça vaut le coup d’y jeter un œil !

Rassurez-vous, les Nikon J1/V1 ont aussi de grandes qualités, mais étant présentés comme révolutionnaires, il était normal de souligner les incohérences du concept « One ». La vraie révolution se trouve dans l’appareil, avec un bi-processeur et des modules qui décoiffent ! Les ingénieurs Nikon se sont bien gardés de donner les caractéristiques de leur bi-processeur Expeed 3, mais il est clair que c’est un moteur de course qui habite les J1/V1. Être capable de digérer 600 millions de pixels par seconde, c’est être deux fois plus rapide qu’un processeur de Sony a77, et presque 4 fois plus véloce qu’un processeur de Nikon D3s, excusez du peu ! Là, Nikon peut clairement affirmer que ces boîtiers sont les plus rapides du marché côté processeur.
Cette bête de course électronique se justifie par le but avoué de Nikon : mettre « l’instant décisif » à la portée de n’importe quel débutant, grâce à la technologie. Pour ça, Nikon propose le mode « Sélecteur de photo optimisé », qu’on active via un petit sélecteur situé au pouce droit. Ainsi, lorsque vous pressez légèrement le déclencheur du Nikon V1, l’appareil entre en phase de saisie d’images à 60 i/s, en attendant votre décision de déclencher, et continue après le déclic à mémoriser des photos. Il enregistre dans sa mémoire cache la séquence produite 0,6 s avant le déclenchement, et les 0,4 s après le déclenchement, soit environ 20 vues. Ensuite, les algorithmes du boîtier trient les images en fonction de la position du sujet, de l’exposition, du contraste de la scène, et propose les 5 meilleures vues parmi environ 20 photos initialement mémorisées. Le tout presque instantanément. Reste à choisir votre préférée parmi les 5 vues proposées par le « One », qui restent mémorisées dans la carte mémoire. Notez que les lots de 5 vues sont mémorisés dans l’appareil comme une sorte de pile (façon Adobe Lightroom), qui éviter d’avoir à passer les 5 vues à chaque relecture.

Le Nikon One V1 est lui aussi décliné en blanc, mais le rouge et le rose sont réservés au J1.

 

« Instant animé » : l’appareil qui fait « pouette-pouette » !

Nous sommes beaucoup moins convaincus par le mode « Instant animé », clairement dédié aux débutants, voire aux enfants. Il s’agit en fait de mémoriser une courte séquence vidéo (2,5 s) à chacun de vos déclenchements, qui englobe aussi l’avant et l’après déclic. Au final, le Nikon One vous restitue une petite vidéo ralentie à 40 %, avec une très agaçante musique d’accompagnement. De quoi faire une sorte de carte postale numérique pour envoyer à Mamie. Votre photo est bien entendu mémorisée normalement, après le mini-clip. Personnellement, je ne vois pas trop l’intérêt d’un tel mode, qui ne justifiait qu’à peine un sous menu dans les effets spéciaux.
J’aurais préféré une version plus manuelle du « sélecteur de photo optimisé », donnant par exemple accès à l’intégralité des photos enregistrées avant et après le déclenchement, pour offrir le choix de la meilleure… à l’opérateur ! Même si les algorithmes Nikon sont bons, rien de tel qu’un regard humain pour décider au final. Un tel mode ferait un carton sur un reflex pro, pour saisir « l’avant » et « l’après » d’une action, bien mieux qu’une rafale classique ! Je ne parle pas des vraies scènes d’action à 11 i/s, mais d’éventuelles scènes ou la subtilité de l’instant décisif compte beaucoup, comme l’enregistrement d’un regard entre deux politiques opposés, ou l’arrivée brutale d’un élément inattendu lors d’un événement.

Le Nikon J1 dans différentes teintes (il manque ici le rose bonbon).

 

Autofocus : le plus rapide ?

Selon Nikon, l’autofocus des J1/V1 serait le plus rapide du moment. Ce qui va agacer Olympus, qui briguait déjà cette position sur sa nouvelle gamme Pen ! En tout cas, Nikon a mis tout ce qu’elle pouvait pour y arriver, avec un système hybride novateur, qui mêle AF par détection de phases (sur 73 points), et mesure de contraste. La détection de phases étant assurée par le capteur imageur lui-même, qui a décidément plus d’un tour dans son sac ! Évidemment, la mesure de contraste repose également sur le capteur imageur, mais l’appareil sélectionne le mode de mesure le plus adapté au sujet, voire fait appel aux deux si nécessaire. Là encore, le bi-processeur Expeed 3 est fortement sollicité pour les calculs que cela implique.
La vitesse autofocus de ce système profitera pleinement aux séquences vidéo, où les appareils semblent faire le point en continu avec une belle efficacité. L’enregistrement s’effectue en format Mpeg 4 H264, avec son stéréo AAC, à la vitesse standard de 30 i/s. Il est possible également de faire une photo en cours de séquence, sans arrêter le tournage : l’appareil ne s’arrête pas, mais il mémorise la vue avant réduction au format full HD 1080p. Il en résulte une photo 16/9e en résolution 8,3 Mpix (taille qui correspond au cadrage en 16/9e), et une séquence vidéo où rien n’indique que vous avez pris également une ou plusieurs photos durant son tournage. Ça c’est du bon boulot !
Notez que les appareils permettent la réalisation de ralentis à 400 i/s (640 x 240 pixels) ou 1200 i/s (320 x 120 pixels) ! De quoi faire des effets visuels particulièrement intéressants, à mettre sur Internet ou à envoyer à des amis.

Le viseur électronique casse un peu la ligne du V1, mais c'est un atout indispensable pour l'utilisation de l'appareil en extérieur.

 

Nikon One. Notre avis

Les Nikon One J1 et V1 sont donc des appareils très particuliers, qui empruntent une voie détournée pour séduire les amateurs. Certes, il ne sont pas champions de la résolution, et certes, leur petit capteur peut être une limitation face à des modèles plus grands, mais force est de reconnaître qu’ils apportent du vrai nouveau dans la manière de photographier ! Nous espérons même retrouver leur technologie sur des modèles pros ou semi pros, car il y a à l’évidence des choses à faire avec ce mode d’enregistrement unique sur le marché, qui permet de « remonter le temps » sur 0,6 s !

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