Accueil / Actualités / Ricoh GXR : le premier appareil photo interchangeable


A l’heure des objets vendus en kit et de la tendance à la personnalisation, Ricoh lance un nouveau concept qui repose sur un appareil photo à modules interchangeables. Délire marketing ou concept ingénieux ? Le Ricoh GXR et ses extensions ne peuvent laisser indifférent, mais il est difficile de ne pas s’interroger devant ce drôle de mécano photographique…
Qui n’en a pas rêvé ? Un appareil photo qui se métamorphose facilement et rapidement pour s’adapter aux différentes situations de prise de vues et au gré des envies et besoins du photographe. Tel semble être le concept qui a guidé les ingénieurs de Ricoh lesquels, aux dires de ses responsables, auraient mis cinq ans pour mener à son terme ce projet.
Il faut avoir vu ce drôle d’appareil pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’un « concept camera » sous forme de maquette, mais bien d’un appareil fonctionnel et déjà en production dans les usines Ricoh !
L’idée de Ricoh est la suivante : fabriquer une sorte d’appareil « dock » comprenant écran, poignée, déclencheur et lecteur de carte mémoire, et proposer des modules « objectif + capteur + processeur » qui viennent s’y raccorder par un système de glissière !
Cela permet à Ricoh de proposer, par exemple, un 33 mm f/2,5 Macro (équivalent 50 mm) avec Cmos APS-C (de fabrication Sony semble-t-il) de 23,6 x 15,7 mm de 12 millions de pixels, pour les fans de qualité dans les très hautes sensibilités… Et d’offrir dans le même temps un module à capteur CCD 1/1,7” (7,2 x 5,3 mm) 10 millions de pixels et un zoom 5,1-15,3 mm f/2,5-4,4 VC (équivalent 24,72 mm) stabilisé par le capteur, pour retrouver les avantage et inconvénients d’un compact classique ! On parle même d’une version « zoom extrême » en préparation pour le deuxième semestre 2010, mais toujours sur la base d’un petit capteur de compact. Il faudra sortir d’autres modules à grand capteur pour rester crédible auprès des amateurs experts !
Quels atouts, quels inconvénients ?
Les atouts de ce système original tiennent essentiellement à l’adaptation de l’optique avec son capteur, et du traitement d’image intégré. Ainsi, le 50 mm Macro peut voir ses défauts optiques corrigés, et le traitement du bruit de son capteur optimisé. Idem pour le zoom 24-72 mm, avec un traitement du bruit beaucoup plus problématique vu la taille du capteur. Cela dit, l’adaptation du traitement d’image à l’optique utilisée n’est pas très originale, puisqu’également valable sur n’importe quel compact zoom de qualité !
Autre atout mis en avant par Ricoh : l’absence d’entrée pour les poussières vers le capteur. C’est vrai, ce système limite les risques d’entrée de poussière par rapport à un échange d’objectif classique. Espérons simplement que les mécanismes internes ne produiront pas de particules d’usure, ou n’aspireront pas d’air lors du zooming, car les poussières seront, dans ce cas, plus dures à déloger.
L’échange d’objectif se fera désormais par glissière et verrou sur le Ricoh GXR. Le système a l’air mécaniquement bien conçu. L’interface entre le dock et les modules se fait par une prise à 68 broches, qui rappelle celle des cartes CompactFlash. Rien à redire, sinon qu’il faudra être soigneux et éviter de ranger les composants dans des endroits poussiéreux ou humide. C’est un véritable bus informatique, donc plus sensible que quelques contacts d’objectifs, pourtant déjà sensibles à l’environnement direct.
Pour séduire les futurs acheteurs, Ricoh a encore plein de projets de développement dans sa hotte, dont des modules disques durs, des systèmes de transmission WiFi, voire des modules imprimante ou projecteur vidéo ! Là, le développement dépendra de l’extension du système dans le public. Hélas ! Les prix annoncés ne correspondent pas à une distribution massive du Ricoh GXR, ce qui risque de freiner les ardeurs.
Un prix élevé...
Le problème principal de ce concept, c’est le prix des éléments qui le composent. Avec un « boîtier dock » à 459 euros, et des kits « optique/capteur » à 670 euros (version grand capteur + focale standard) et 370 euros (version petit capteur + zoom), ça nous fait des ensembles particulièrement coûteux : kit compact 24-72 mm à 829 euros ; kit compact grand capteur 50 mm à 1 129 euros ; kit boîtier dock + les deux modules à 1 499 euros !
L’autre caractéristique regrettable de ce concept, c’est bien évidemment qu’on n’a pas le choix du capteur, puisque c’est « focale standard + grand capteur Cmos », ou « zoom + petit capteur CCD ». L’utilisateur qui veut associer un zoom et un grand capteur ne dispose pas d’offre actuellement. Du coup, l’acheteur d’un kit complet se verra obligé à mêler photos de qualité « grand capteur » avec des images prises avec le minuscule CCD du zoom 24-72 mm. Et là, le bruit électronique risque de faire une grosse différence entre la production des deux modules ! Attendons de pouvoir tester ces ensembles pour nous prononcer. Et surtout quelle homogénéité côté qualité d’image espérer entre d’un côté le module « reflex » et le module « compact » ? C’est l’un des principaux risques du fait de cette modularité. On mesure ici le risque d’associer un capteur spécifique à chaque type d’objectif, qui limite le développement d’une gamme optique complète.
Un couteau suisse
Si la technologie et le concept ont de quoi susciter interrogations et doutes, force est de reconnaître que Ricoh a mis un grand soin à fabriquer le GXR et ses modules optiques. Le boîtier est en alliage de magnésium moulé, la prise en main est confortable, l’écran est un 7,62 cm de diagonale en 920 000 points, et le système autofocus semble avoir été travaillé. Il faut dire que celui du GX200 n’avait pas vraiment convaincu lors des tests. Ce boîtier dock dispose d’un flash intégré, dont la portée dépend du module optique utilisé (faudra s’habituer). Il enregistre les photos et vidéo sur carte SD/SDHC, et intègre une mémoire interne de 86 Mo.
Les optiques s’annoncent aussi comme performantes, puisqu’on y trouve des lentilles asphériques moulées et des verres à faible dispersion. On peut donc espérer de belles images, notamment avec le module 50 mm macro. Les systèmes de mesures sont standardisés sur les modules, avec un AF « multispot » sur le capteur, et une mesure d’exposition sur 256 zones. Leur plage de sensibilité est de 100 à 3 200 ISO, avec réglage ISO Auto. Dans les modes PSAM, les deux modules permettent une gestion intelligente des paramètres, même si ceux-ci sont forcément limités par la diffraction, vu la taille du petit capteur CCD du 24-72 mm. Notez que le module 50 mm permet le tournage de vidéos au format HD 720p (1 280 x 720 pixels à 24 i/s), tandis que le module 24-72 mm ne se contente que de vidéo VGA (640 x 480 pixels). Là encore, la variabilité des spécifications risque d’en tromper plus d’un !
Avec le GXR, Ricoh tente un pari osé ! Ce drôle d’appareil pourra aussi bien être excitant en version grand capteur, que banal avec un module « petit CCD ». Le concept est innovant et ouvre peut-être le chemin d’un nouveau type d’appareil photo. Au moins, on ne pourra pas taxer Ricoh d’immobilisme, puisque la marque vient de jeter un pavé dans la mare de la technologie numérique. Qu’on le veuille ou non, c’est un point positif, puisque ça fera réfléchir les concurrents ! En attendant, espérons que Ricoh se concentrera davantage sur les modules à grand capteur, et fera un petit effort sur les prix, qui ne sont pas vraiment réalistes dans l’état actuel des choses.