Panasonic Lumix GF1 : le compact pour les experts ?

Après l’Olympus EP-1, c’est au tour de Panasonic de présenter son compact à optiques interchangeables et capteur Micro 4/3 !

Denis Boyard [ 29 Septembre 2009 17:13 ]

Les importantes ventes de reflex motivent les marques à essayer d’étendre cet engouement à des appareils compacts très haut de gamme, susceptibles d’offrir une qualité comparable. Olympus et Panasonic sont les premiers fabricants à investir cette nouvelle catégorie de matériel photo : d’abord Panasonic avec des bridges cameras type Lumix G1 (septembre 2008) et GH1 (janvier 2009), et plus récemment Olympus avec son EP-1, qui est parti en éclaireur sur le concept du compact à optique interchangeable. Et c’est à Panasonic de présenter son Lumix GF1 dans la foulée d’Olympus, puisqu’il s’agit ici encore d’un compact doté de la monture Micro 4/3. Pourquoi créer des bridges cameras et des compacts à optiques interchangeables ? Tout simplement parce que beaucoup d’experts rêvent d’un appareil de petite taille, dont les performances et la souplesse d’utilisation seraient comparables à celles d’un reflex. Et justement, Olympus et Panasonic sont les créateurs des systèmes 4/3 et Micro 4/3, basés sur des capteurs 17,3 x 13 mm, qui répondent par leur taille et leurs performances (12 millions de pixels actuellement) au cahier des charges fixé. En outre, ces capteurs ne peuvent plus lutter face aux nouveaux reflex à capteur taille APS-C (jusqu’à 18 millions de pixels), et encore moins face au plein format 24 x 36. Ils forment donc une base idéale pour s’intercaler entre les appareils grand public à minuscules capteurs (taille d’un ongle d’auriculaire), et les reflex, performants, mais beaucoup plus encombrants. De quoi produire une qualité d’image incomparablement supérieure aux compacts et bridges cameras classiques, tout en conservant une taille d’appareil particulièrement réduite.


Peu de concurrents

Pour le moment, le Panasonic Lumix GF1 a pour principaux concurrents l’Olympus EP-1 et les Sigma DP1 et DP2. S’ils sont performants en terme de qualité de capteur, les Sigma restent en retrait pour cause d’optique fixe et de mise au point plutôt lente. Le seul vrai concurrent est donc l’Olympus EP-1, qui partage beaucoup de ses éléments internes avec le Panasonic Lumix GF1. Les montures des deux appareils sont d’ailleurs pleinement compatibles, et vous pouvez sans problème monter certaines optiques Olympus sur le Panasonic, et inversement. Il faut simplement savoir que l’Olympus est stabilisé par le capteur, ce qui n’est pas le cas du Panasonic : il fait appel au stabilisateur optique Mega OIS sur certains de ses objectifs. Il faut donc désactiver celui-ci au montage d’une optique Panasonic/Leica DG sur l’Olympus, ou faire attention au flou de bougé dans le cas contraire.

On peut même monter des optiques 4/3 (non Micro) via une bague adaptatrice, ou de fabuleux objectifs Leica M ou R avec d’autres bagues spécialement dédiées. Cela dit, faire le point en manuel sur un écran reste hasardeux (nous avons fait le test avec un Summicron-M 28 mm f/2 ASPH), même avec le grossissement de la zone de contrôle. Par ailleurs les focales disponibles en monture M (les optiques R sont trop grosses) restent très longues pour le format 4/3 (coefficient x 2). Mieux vaut à notre avis faire l’économie de ces bagues, et vous offrir une optique Leica DG spécialement calculée pour le Panasonic, comme le nouveau 45 mm macro !


Le concept est-il viable ?

Proposer un appareil compact à grand capteur, et monture d’optiques interchangeables est-il un simple concept marketing ou une vraie bonne idée ? C’est clairement une bonne idée, car nombre d’amateurs rêvent d’un tel appareil depuis longtemps, et pourraient bien délaisser leur reflex pour photographier « léger » ! Depuis l’époque du Minolta CLE (ancien compact argentique de luxe à monture Leica M), les passionnés n’avaient plus grand-chose à se mettre sous la dent en terme de qualité de production. Hormis quelques compacts de luxe à objectif fixe dans les années quatre-vingt-dix (Nikon 35Ti/28Ti, Minolta TC-1), il a fallu attendre 2009 pour voir enfin arriver la relève de l’ère numérique ! Et le Panasonic Lumix GF1 semble assez bien pourvu pour combler ce grand vide.


Les qualités, pas l’encombrement !

Les composants du Panasonic Lumix GF1 sont très proches de ceux du Lumix G1/GH1, ce qui est une garantie de qualité photographique.

Le Panasonic Lumix GF1 se présente comme un compact joliment fini, et un peu plus épais et plus lourd qu’un appareil grand public standard. Son ergonomie rappelle celle des Lumix G1/GH1, puisque beaucoup de commandes sont communes à ces appareils. Un vrai sélecteur de modes et une griffe pour flash externe, situés sur son capot, viennent nous rappeler que nous sommes en présence d’un appareil pour experts. Mais ce qui ne trompe pas, c’est la taille de l’objectif, nécessairement gros pour un capteur de la taille du Micro 4/3. Déjà, le 20 mm f/1,7 « pancake » affiche un diamètre confortable (63 mm). Avec le coefficient de recadrage du capteur, ce 20 mm couvre le champ d’un 40 mm. C’est donc un très bon objectif standard (2 lentilles asphériques), qui va remettre les fans de Leica M et autres Minolta CLE dans une configuration qui fait remonter des souvenirs. D’ailleurs, Panasonic commercialise également le Leica DG Macro-Elmarit 45 mm f/2,8 ASPH Mega OIS (1 lentille asphérique + 1 verre ED), qui fera un petit téléobjectif à portrait (90 mm) vraiment très sympathique ! Notez que d’autres optiques sont en prévision pour 2010, dont un 8 mm fisheye f/3,5 (équivalent 16 mm), un 14 mm f/2,8 (équivalent 28 mm) et un zoom 100-300 mm f/4-5,6 Mega OIS (plage d’un 200-600 mm), qui vise plutôt les Lumix G1/GH1 en terme d’ergonomie.


Un capteur de Lumix G1

Le capteur LiveMos du Panasonic Lumix GF1 est le même 12 millions de pixels qui équipe le Lumix G1. Sa résolution est de 4 000 x 3 000 pixels et il est bien entendu équipé du fameux filtre antipoussière « SSWF » (supersonic wave filter), hérité de la technologie Olympus. Grâce à sa forme circulaire et à la fréquence de 50 000 Hz des trains d’ondes, rares sont les poussières qui restent collées à sa surface. Plutôt une bonne nouvelle, surtout quand on voit apparaître directement le capteur à quelques millimètres de la monture de l’objectif une fois celui-ci ôté. Gare aux doigts maladroits !

Ce capteur offre une plage de sensibilités de 100 à 3 200 ISO, et d’après un premier contrôle lors d’une prise en main rapide, il semble pleinement utilisable jusqu’à 800 ISO, et s’annonce comme très convenable à 1 600 ISO. Ce sont donc des performances tout à fait comparables à celles du Lumix G1, qui n’ont vraiment rien à voir avec celles des compacts à minuscules capteurs (souvent bruités dès 100 ISO). Le Panasonic Lumix GF1 permet en outre le travail en Jpeg, en Raw, et en Raw + Jpeg : les utilisateurs experts ont donc toute latitude pour exploiter pleinement les possibilités de cet appareil.


La vidéo en plus

Contrairement au Lumix G1, le Panasonic Lumix GF1 dispose de son mode vidéo HD (1 280 x 720 pixels). Il enregistre les séquences aux cadences de 25 ou 30 i/s en format HD, avec enregistrement au choix en AVCHD Lite (moins encombrant) ou en MJpeg (plus facile à lire sur un ordinateur un peu ancien). Un micro intégré est situé près de la griffe flash, mais il n’est que monophonique et l’appareil n’a pas de prise pour micro externe. Pas vraiment gênant dans le sens ou le vidéaste passionné choisira plutôt le Lumix GH1, qui est plus performant sur presque tous les points liés à l’image animée. L’enregistrement de séquence démarre via le déclencheur lorsque l’appareil est en mode vidéo, ou par simple pression sur la commande vidéo, à proximité du déclencheur. Avantage de celle-ci, elle est opérationnelle dans tous les modes, toujours disponible pour une petite séquence inopinée.


Il y a du reflex dans ce compact !

Malgré son aspect et sa taille de compact, le Panasonic Lumix GF1 est fabriqué avec des composants directement inspirés des reflex.

Fabriqué en alliage d’aluminium, le Panasonic Lumix GF1 fait immédiatement forte impression à la prise en main. On sent que c’est du sérieux. Appréciable également l’écran ACL de 7,62 cm de diagonale, dont la résolution est de 460 000 points. C’est celui des Lumix G1/GH1, qui est lumineux et offre une image bien définie. On rencontre tout de même de petits soucis de lecture en plein soleil, mais c’est le lot de tous les appareils à visée directe. Pour remédier à ce problème, Panasonic nous a concoctés un viseur électronique optionnel, qui vient se glisser dans la griffe flash. C’est le viseur DMW-LVF1, qui couvre 100 % de l’image photographiée dans une résolution de 202 000 points à 60 i/s. Son grossissement est de x 1,04 et il peut pivoter à la verticale, pour une visée de poitrine façon Rolleiflex. Ce viseur est très pratique en extérieur, mais on regrette que Panasonic n’ait pas repris le Lcos 1,6 million de points des Lumix G1/GH1. Sans doute un problème d’encombrement ou de prix. Il faut donc se contenter de ce viseur perfectible, qui présente tout de même l’immense avantage de permettre la prise de vue en extérieur sans visée à l’aveuglette.


Beaucoup d’assistance électronique

Si vous êtes du genre à photographier en mode « A » en jouant sur l’ouverture selon vos besoins en profondeur de champ, vous n’aurez sans doute pas l’occasion de tester tous les automatismes du Panasonic Lumix GF1. Il faut dire que pour une fois qu’on dispose d’un compact offrant une vraie gamme d’ouvertures utilisables, ça vaut le coup de l’utiliser comme un reflex. Et vous disposez bien sûr des modes classiques « PSAM » pour tirer pleinement parti du GF1. Une roue codeuse situé au pouce droit permet de choisir l’ouverture ou la vitesse, avec contrôle écran sur deux échelles couplées : très pratique ! Un simple clic sur la roue codeuse active le correcteur d’exposition si besoin est. À ce stade, nous sommes déjà comblés !

Pourtant, comme tout appareil Panasonic qui se respecte, une foule de possibilités s’ouvrent à vous pour bénéficier d’automatismes aussi divers que variés ! On retrouve le mode « iA », dont l’intelligence artificielle gère aussi bien la sensibilité ISO que l’autofocus (23 collimateurs virtuels) ou la mesure d’exposition (sur 144 zones). C’est le mode à privilégier si vous débutez ou voulez laisser à l’appareil le choix des réglages. Il sait détecter les visages, en déduire l’exposition et la balance du blanc, et vous permet en plus de sélectionner le plan du sujet, pour faire le point même s’il est excentré (mode « peripheral defocus »). Ce sont près de 16 modes « scène » qui sont à votre disposition pour faire coller les réglages au sujet traité. Il existe même un mode couleur pour choisir le rendu qui vous convient en vérifiant son effet à l’écran ! Deux configurations de réglages peuvent être mémorisées (modes « C1 », « C2 »), et activées à tout instant via le sélecteur de modes.


Un boîtier très réactif

Pour avoir utilisé un Panasonic Lumix GF1 durant quelques heures, nous avons pu juger de ses réactions face à différents sujets. Première bonne impression, l’autofocus qui fonctionne vite et bien, un peu comme sur les Lumix G1/GH1. Le mini-test est effectué avec le 20 mm f/1,7 « Pancake », dont la luminosité facilite le travail de l’autofocus, mais c’est clairement un système utilisable en prise de vues à la volée. Pas d’hésitation, le point se fait immédiatement. Panasonic indique qu’il s’effectue en 0,3 s, alors qu’un reflex standard fait le point en 0,2 à 0,5 s en détection de phase. Il faut dire que Panasonic n’a pas lésiné sur les moyens, puisque le processeur Venus Engine HD est en fait composé de 2 processeurs qui se partagent la tâche. Cela se traduit également par un déclenchement réactif, correspondant ici aussi à ce qu’on peut attendre d’un reflex.


Le Panasonic Lumix GF1 peut-il remplacer un reflex ?

Vu son encombrement minimal, le Panasonic Lumix GF1 va nécessairement empiéter sur le champ d’utilisation de votre reflex !

Qui n’a pas regretté un jour la taille importante de son reflex ? C’est une réaction qu’on retrouve en reportage, ou dans certains lieux où la photo n’est pas la bienvenue. Un appareil comme le Panasonic Lumix GF1 présente l’avantage d’être petit, et surtout celui de ressembler à n’importe quel appareil de touriste « lambda ». Il y a d’ailleurs fort à parier que des reporters s’équiperont de ce type d’appareil, pour rester discrets en toutes circonstances. Il peut donc remplacer un reflex pour du reportage de rue, tout en offrant une qualité d’image tout à fait utilisable pour des publications ou des agrandissements de qualité. On retrouve ici ce qui a fait le succès des Leica M par le passé. A priori, on ne devrait pas voir le Panasonic Lumix GF1 sous la griffe Leica, ce qui est un peu dommage, car nous sommes juste dans l’esprit de la marque avec ce boîtier.


Une gamme en extension

Maintenant que Panasonic dispose de trois boîtiers au format Micro 4/3, la gamme optique est bien partie pour s’étendre. Le Panasonic Lumix GF1 va donc s’ouvrir à une photo plus généraliste, avec un objectif macro, des télézooms puissants, et même un fisheye (180 °). De quoi se monter un fourre-tout très performant dans un volume réduit ! Même si vous gardez votre reflex pour bénéficier de certains atouts évidents (performances dans les hautes sensibilités, qualité de visée notamment), il est clair que le Panasonic Lumix GF1 va avoir tendance à s’imposer dans vos activités photographiques, aidé en cela par sa compacité incomparable (par rapport aux reflex) et sa qualité d’image appréciable. La gamme intègre également des flashs accessoires, qui ne faut pas négliger vu la puissance extrêmement limitée du flash intégré (NG 6 pour 100 ISO) : appareil calé sur 100 ISO pour une qualité d’image maximale, le pauvre flash intégré a bien du mal à éclairer un sujet situé à 2,5 m ! Du pur flash de compact !


Pour qui le Panasonic Lumix GF1 ?

Soyons clairs, le Panasonic Lumix GF1 est un appareil conçu avant tout pour les pinailleurs, qui souhaitent retrouver le plaisir des performances sur un boîtier compact. Certes, le Panasonic Lumix GF1 ne sera jamais aussi bon qu’un reflex Canon ou Nikon dans les hautes sensibilités, mais si vous vous en tenez à une plage 100-800 ISO, vous devriez trouver pleine satisfaction avec ce capteur. Moi qui ai l’habitude de rester à 100 ISO tant que c’est possible, j’ai vraiment eu beaucoup de plaisir à utiliser cet appareil quelques heures, et je n’ai pas été déçu par les résultats. Les photos sont parfaitement piquées et le bruit est inexistant. Seul petit reproche, les hautes lumières parfois un peu grillées (mesure fortement influencée par le choix automatique du collimateur AF), un problème facile à régler via le correcteur d’exposition (0,3 IL par défaut serait très bien) ou en choisissant la mesure spot pour faire la mesure sur les hautes lumières.

Panasonic signe donc ici un appareil atypique, mais très excitant pour l’amateur passionné qui recherche autre chose qu’un reflex. Et puis retrouver le plaisir d’un appareil façon Minolta CLE (ou Leica CL), c’est assez rare pour se sentir directement visée par ce petit nouveau de chez Panasonic. Vivement le test complet qu’on puisse à nouveau jouer avec ce petit bijou !

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