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Sigma SD1 : une attente au prix fort !
Le très attendu Sigma SD1 qui a été annoncé en septembre 2010 sera commercialisé mi-juin. Hélas ! Son prix est beaucoup trop élevé pour concerner l’amateur expert !
Nous attendons beaucoup du Sigma SD1, qui mène à sa quintessence le concept du capteur Foveon, avec la résolution 14,75 millions de pixels (4704 x 3136), sur trois couches photosensibles R, V et B, soit 44 millions de photosites au total.
Cette conception toute particulière fait des Foveon les seuls capteurs couleur du marché, puisque tous les autres sont des capteurs monochromes, dont les teintes sont recréées par interpolation, à l’aide d’une mosaïque de filtres de Bayer. Cette particularité laisse espérer une qualité d’image de très haut niveau, notamment parce que ce type de puce ne produit aucun phénomène de moiré, souvent vecteur de limitation de la résolution des plus fins détails. De fait, l’appareil ne fait pas appel au classique filtre passe-bas, habituellement chargé de « flouter » les détails susceptibles de générer du moiré : les photos sont plus nettes. Par ailleurs, cette technologie assure également un réalisme intéressant en matière de couleurs, puisque l’image est directement saisie dans ses teintes d’origine.
Le capteur Sigma/Foveon est basé sur la technologie Cmos, et sa taille de 23,5 x 15,7 mm le fait entrer dans la catégorie des modèles APS-C, avec un coefficient multiplicateur de focale de x 1,5. Il propose une plage de sensibilités qui s’étend de 100 à 6400 ISO, valeur maximale volontairement sage, car cette technologie est sensible au bruit électronique. La plage dynamique de ce capteur est de 12 bits en format Raw.
Boîtier : fabrication en progrès
Pour offrir à ce capteur exceptionnel un boîtier expert, Sigma a fait évoluer la qualité de fabrication du SD1 par rapport au SD15.
Celui-ci est en alliage de magnésium, avec des joints d’étanchéité sur les commandes et connexions, pour faciliter les prises de vues en conditions difficiles. Il est équipé d’un écran ACL de 7,62 cm de diagonale, en résolution 460000 points, et son viseur reflex couvre 98 % du champ photographié. Ce viseur est basé sur un pentaprisme et offre un confortable grossissement à x 0,95, avec correcteur dioptrique (- 3 à + 1,5 ∂) et 18 mm de dégagement oculaire. En matière d’obturateur, le Sigma SD1embarque un modèle 30 s à 1/8000 s, avec synchro-X au 1/180 s. Sa durée de vie est prévue pour 100 000 déclenchements, et les rafales assurent une cadence maximale de 5 i/s sur 7 vues en Jpeg « high ».
Niveau mesure d’exposition, le Sigma SD1 travaille en mesure évaluative sur 77 zones, utilisable également en mesure centrée, centrale pondérée, ou spot. Cette mesure est couplée avec l’autofocus à 11 collimateurs, tous en croix, pour une détection optimale des formes géométriques. Cet autofocus à détection de phase dispose d’une très belle plage de fonctionnement, allant de IL - 2 à 18 pour 100 ISO. Il fonctionne en AF vue par vue, en continu prédictif, et en manuel (assistance à la mise au point).
Prix public : vous pouvez répéter ?
Toutes les fonctions citées plus haut font du Sigma SD1 un très beau reflex pour amateur expert, qui pourrait mener la vie dure aux Canon EOS 7D et autres Nikon D7000 (faute de D400…).
On l’imaginait à un prix inclus entre 1500 et 2000 euros, en sachant que 2000 euros, c’était déjà cher compte tenu de certaines caractéristiques du boîtier (écran 460000 points, obturateur 1/180 s, viseur 98 %, durée de vie de l’obturateur 100 000 déclenchements, rafales 5 i/s).
Hélas ! Nous étions loin, très loin du compte, puisque le Sigma SD1 va être commercialisé à… 7000 euros ! Oui, vous avez bien lu, au même tarif qu’un Nikon D3x, qui propose 24 millions de pixels, le format 24 x 36, et un boîtier aux possibilités incomparablement supérieures ! Là, on ne comprend plus trop.
Certes, le développement d’une version 14,7 millions de pixels du capteur Sigma/Foveon a probablement coûté très cher, mais à 7000 euros, le retour sur investissement risque d’être particulièrement hasardeux. Même si ce capteur est réellement exceptionnel, le reste du boîtier n’a rien de plus spectaculaire qu’un reflex milieu de gamme. Face aux vrais pros, il va avoir beaucoup de mal à s’imposer.
Par ailleurs, il faut savoir que les reflex à 7000 euros et plus se vendent de moins en moins chez Canon et Nikon, notamment parce que les photos sont totalement dévaluées par les prix proposés sur Internet. Les pros rencontrent actuellement de très grosses difficultés, d’où le succès d’appareils moins coûteux comme le Canon EOS 5D Mark II par exemple.
Certains pros achètent tout de même des reflex à 7000 euros pour des besoins très spécifiques, comme une cadence à 10 i/s, une étanchéité quasi totale, et une durée de vie de 300 000 déclenchements. Or le Sigma SD1 ne propose rien de tout ça. Il n’a que son bon capteur à leur opposer. N’oublions pas que tous les reflex pros font de belles photos, et que si ça ne suffit pas, les pros basculent vers les dos numériques et les boîtiers moyen-format. Et face à eux, sa résolution spatiale de 14,7 millions de pixels (pour 44 millions de photosites en trois couches superposées) reste un handicap, même si on peut espérer doubler la résolution visuelle des photos prises au SD1 (c’était le cas avec l’ancien capteur).
Nous avions sincèrement beaucoup d’espoir pour le Sigma SD1. À environ 2000 euros, c’était cher, mais jouable. À 7000 euros, il va devoir sérieusement épater tout le monde pour faire avaler cette énorme pilule ! Dommage car Sigma avait pourtant commencé à faire rêver de nombreux amateurs experts avec ce SD1…