
Déclic Photo Magazine numéro 51
Nouvelle voie
Le terme révolution est souvent utilisé à tout bout de champ au point d’être galvaudé. En l’occurrence, avec l’annonce de l’Olympus Pen E-P1, on peut réellement l’évoquer. Car ce boîtier marque inéluctablement une étape dans l’histoire de la photo numérique. Affichant les dimensions et le poids d’un gros compact, l’E-P1 se singularise par sa compatibilité avec les objectifs qu’on lui adapte. Du coup, pas facile de définir à quelle catégorie il appartient. Ni compact ni reflex, encore moins bridge, il s’apparente clairement à une nouvelle catégorie hybride, mais reposant sur un système d’objectifs interchangeables. Voilà en tout cas un appareil qui soulève l’enthousiasme, car il correspond aux attentes de beaucoup de photographes qui rêvent depuis toujours de disposer d’un petit appareil sur lequel brancher des objectifs, gage d’une qualité inaccessible par un «simple» compact. Sous sa forme initiale, le premier-né de cette nouvelle gamme chez Olympus reprend des atours empruntés à la tradition. Le rappel de la dénomination du Pen, un boîtier mythique, laisse augurer d’une partie de la clientèle de photographes visés par Olympus: les aficionados de la photo, de la belle image, qui veulent pouvoir compléter leur fourre-tout ou pallier l’absence temporaire de leur reflex pour des raisons d’encombrement. En tout cas, quel plaisir de tenir entre les mains un petit boîtier sur lequel se greffent des petits objectifs!
Au registre des doléances, certains critiqueront l’absence de viseur, je n’en ferai pas partie. Depuis belle lurette, on sait que tout le monde utilise l’écran pour prendre ses photos. Et puis, à quoi bon vouloir
l’encombrer d’un viseur alors même que sa logique est de s’apparenter à un compact? Pour ceux qui sont attachés au viseur, le reflex leur tend les bras. Sur les bridges, le viseur, aussi performant soit-il, demeure passablement difficile d’usage, pour ne pas dire désagréable. D’autres argueront de l’absence de flash. C’est visiblement pour des questions de compacité que les ingénieurs d’Olympus l’ont exclu. J’y vois plus un vrai manque pour le coup. Même s’il ne s’agit pas typiquement de l’appareil photo familial, disposer d’un flash (vendu uniquement en option) est primordial. On se rassurera en constatant que, d’après nos premiers tests, les images semblent de très bonne tenue dans les hautes sensibilités. On entend aussi, ici ou là, que l’obturateur mécanique ajouté «claquerait» un peu trop bruyamment. Mais c’est un régal au contraire. Voilà qui participe pleinement à son petit côté vintage: on croirait presque posséder un boîtier argentique.
Pour l’heure, il n’est pas évident d’imaginer le succès que cet appareil va rencontrer, succès qu’il mérite en tout cas de mon point de vue. Je ne saurais trop d’ailleurs encourager les marques concurrentes, figées dans leurs modèles compacts, bridges et reflex, à nous concocter des modèles similaires. En attendant, merci Olympus! Comme il est rare de voir l’un de ses rêves devenir réalité.